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  " Les larmes d'Aphrodite"


  La vie et  la fin brutale du chanteur Mike Brant comme ma fréquentation de l'un de ses fans et sosie m'ont inspiré le personnage de Mike Nicosy. 
         Le choix de  Chypre, une île de légende que j'ai visitée  virtuellement, s'est imposé. 
       Je dédie également cette histoire à quelques un(e)s de mes ami(e)s dont le chanteur cap-verdien Mario Pop  du groupe "Mario Pop et ses flammes " qui a rythmé mes soirées-dancing  parisiennes.    J'ai souhaité  dénoncer les effets perfides et néfastes des drogues qui ,souvent, entachent de drames  le succès, le vedettariat.
     Le titre aurait pu être "La gloire et  les larmes".


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Prologue

 

    Après avoir ajusté sur sa tête le foulard noir de circonstances, Alicia pénétra dans le cimetière grec empli du chant funèbre des pleureuses. Quelle réponse cherchait-elle à Chypre, sur cette terre inconnue ?

    Dépaysée par le long voyage entrepris impulsivement, elle s'immobilisa en retrait du lieu de recueillement. Elle était la seule étrangère à assister à cet enterrement qui, en France, eut déchaîné les foules. Non, pas la seule ! A l'écart de l'assistance, elle aperçut la silhouette européenne d'un homme dont le regard dissimulé par des  lunettes aux verres miroir lui rappelait... Non !  C'était impossible... Qui enterrait-on aujourd'hui ?

   Son cœur abusé se mit à battre  d'un espoir chimérique, car comme elle, des milliers de fans avaient constaté la mort de Mike Nikosy, leur idole.

    Comme un automate, elle se porta à la rencontre de cette singulière hallucination due, sans doute, à la fatigue du voyage, au décalage horaire, à l'éblouissement des rayons du soleil à son zénith ou…

 

Chapitre I - PARI INSENSE

 

    Alicia, le bonnet de laine enfoncé jusqu'aux oreilles, s'apprêtait à affronter le froid cinglant de cet après-midi glacial de  février 1977. Laissant derrière elle l'établissement hospitalier  Ste-Marie, elle hésita sur la direction à prendre. Retrouver la solitude de sa chambre au Foyer des Infirmières ne la tentait guère, surtout après cette journée éprouvante  qui s'était clôturée par le décès  d'une de ses patientes. C'était le premier rencontré en trois mois de stage et cette approche  de la mort lui laissait un sentiment d'impuissance et d'inutilité. Si elle savait à quoi s'en tenir en revêtant l'uniforme immaculé, elle ne pouvait rester indifférente devant l'inéluctable et doutait fort de réussir un jour à s'endurcir comme le lui certifiait sa surveillante.

   Soudain, elle éprouva l'envie de s'amuser, d’oublier momentanément la précarité de la vie. Le dancing des Champs Elysées était l’endroit idéal pour s'étourdir de rire, de musique et d'amitié. 

   Devant l’entrée du dancing, elle dépassa le guichetier et se présenta directement à  José, le videur. Sans autre formalité qu'une poignée de main, elle pénétra dans la salle et  se fraya un passage jusqu'à la table près du podium, réservée aux membres de l'orchestre et à leurs amis.

   Le dancing résonnait des accents langoureux de la  voix de Mario, des roulements lancinants de la batterie, des vibrations synthétiques de la guitare et de l'orgue électronique. 

   Elle aperçut  la tête brune et frisée de Fatima qui, le regard rivé sur Mario, buvait chacune de ses paroles. La bonne humeur habituelle de sa meilleure amie saurait la réconforter.

   – C’est super, d’être venue nous rejoindre, s’exclama-t-elle joyeuse de son apparition insolite, un dimanche après-midi.

   Toutes deux avaient usé leurs jupes sur les mêmes bancs du collège et continuaient à fréquenter les mêmes endroits. Celui-ci, depuis que Fatima était tombée amoureuse du chanteur. Mario, son aîné de huit ans, était natif d'une des îles du Cap-Vert. Tout comme elle, sa famille, ses amis et tant d'autres venus s'exiler pour fuir la misère. Après des tournées aux quatre coins du globe, il tentait sa chance à Paris. Si Fatima avait la peau claire et les traits fins des portugaises, Mario, lui, affichait des origines africaines. Athlétique quoique mince, à l'aise du haut de son mètre quatre-vingt, les cheveux crépus, il rayonnait la sympathie et la sérénité et  s'attirait l'admiration des hommes comme des femmes. Debout devant le micro, les mouvements souples de son corps moulé dans un costume lamé blanc rappelaient la lascivité d'un grand du rock. A vingt ans Fatima connaissait enfin les joies de l'Amour quand Alicia en était toujours à l'espérer, le rêver.

   Elles s'embrassèrent. Alicia  répondit au baiser  que Mario lui envoyait du bout des doigts du podium.

– Ma journée à l’hôpital a été éprouvante - un décès - Je viens me changer les idées.

  De la table en face, Luis Da Silva, le père de Fatima,  la salua.  Son  compagnon, un jeune et beau ténébreux au visage vaguement familier la regarda. Il lui sourit et son regard la percuta et la troubla. Encore un coup de foudre à sens unique !  soupira-t-elle amère.

   L'inconnu la dévisageait tout en murmurant  à l'oreille de Luis. Confuse, Alicia les vit se lever et se diriger vers sa table.

‑   Alicia, quelqu'un souhaite faire votre connaissance, dit Luis faisant les présentations avec un sourire entendu,

– Enchanté ! Je me présente :   Mikaël  Andrésis, dit-il  lui serrant  la main.

   Son  regard d'un bleu hypnotique l'enveloppa.

   -  Vous êtes nouvelle ici.

    -  Non,  je ne hante ce lieu que le samedi soir.

       – Et bien ce changement de programme est l'heureux hasard qui me permet   de vous rencontrer. Nous aurons, j’espère, l'occasion de nous revoir.

   Sa voix vibrante au léger accent étranger et le  sourire désarmant achevèrent de la subjuguer.

    Les deux hommes réintégrèrent leur place. Elle se sentait déjà frustrée du manque d’attention de  Mikaël. Qu'imaginait-elle ? Qu'un homme aussi irrésistible pouvait  s'intéresser à son insignifiante personne ! Le coup de coude  insistant  décoché par Fatima la ramena à la réalité. Celle-ci  l'interrogeait en vain depuis une bonne minute.

–  Holà, Alicia ! Inutile de te demander si ce diable d'homme te plaît. Tes yeux  jettent des étoiles. Je ne te savais pas fan à ce point ! la charria son amie malicieuse.

– Ah, oui ! … Fan de qui ?

– Allons, tu me fais marcher ! Ne me dis pas que tu n'as pas reconnu , Mike Nicosy,  la nouvelle star des Box-Offices, la  coqueluche des midinettes ! Depuis ses prestations triomphales à l'émission télévisée : la "Chance aux chansons", sa photo fait la  couverture des magazines et  ses disques battent le record des ventes. D'ailleurs,  Mario vient d'ajouter ses tubes à son répertoire. Un succès ! Tu verras.

– Ah, oui !  Effectivement j'ai entendu mes collègues infirmières en parler, mais tu sais, moi, à part Elvis Presley ! D'ailleurs ces temps-ci, je suis un peu déconnectée de la réalité et plutôt centrée sur les revues médicales et les cours d'anatomie. Quant à la télévision, les chambres du foyer n'en possèdent pas.

– Sans blague, tu veux dire que Mike t'a plu pour lui-même, sans son auréole de célébrité !

– Quelle importance ! Célèbre ou non, cet homme reste de toute façon inaccessible. D’ailleurs il faudrait vraiment qu'il n'ait rien à se mettre sous la dent pour me choisir. Je suis réaliste sur mes imperfections physiques : trop de ronde,   la mode est aux femmes lianes, des cheveux  châtain quelconque et raides que je m'obstine à vouloir garder longs, la bouche  trop grande, le nez pas assez fin, les yeux… Non, mes yeux, verts avec de longs cils sont encore ce que j'ai de mieux !

–  Oh, le vilain petit canard que voilà, désabusée devant un beau cygne ! se moqua Fatima ne la prenant pas au sérieux.

– Cette fois, je crois que tu me fais marcher. Que ferait une star dans un endroit comme celui-ci ? C’est  un miracle ou un mirage.

– En fait, c’est un peu des deux. Il nie toute appartenance avec  le chanteur, déplore que son compte en banque ne soit pas aussi bien garni et  prétend être employé dans une agence de voyage. Le diminutif de Mike est une coïncidence.  Avoue pourtant que la ressemblance est troublante !  Il ferait fureur à l'agence des sosies. Le doute qui plane sur son identité ajoute du mystère au personnage, un atout supplémentaire qu'il entretient, il va s'en dire. Mon père en sait  certainement plus qu'il ne le dit sur son compte. Chanteur ou pas,  les filles lui tombent dans les bras. Tu auras l'occasion de le voir à l'œuvre. Il change de partenaires comme de chemise, et dieu sait quelle garde-robe est la sienne ! C'est pour cela que je tiens à te prévenir du  danger qu'il représente pour un cœur sensible comme le tien. C'est le genre d'homme que l'on ne présente pas à sa meilleure amie !

– Merci du conseil.  Je reste sur mes gardes au cas, bien improbable, où il jetterait son dévolu sur moi. Et toi, as-tu succombé à ses appâts ?

– Certainement pas ! s'offusqua Fatima. Je suis fidèle à Mario et je ne perds pas au change. Avec lui au moins, c'est du sérieux, du durable, pas comme avec ce Don Juan de Mike. Elle baissa le ton : Mario m'a demandée en mariage.

‑ Oh ! Quelle bonne nouvelle ! A quand la cérémonie ?

‑ Début avril. Nous t'avons choisie comme témoin. Il va sans dire que tu acceptes !

- Avec la plus grande joie, veinarde !

    Les lumières de la salle se tamisèrent. Les premiers accords langoureux de la chanson de Mike Nikosy, "Laisse-moi t'aimer",  déclenchèrent les cris aigus des filles. Alicia jeta un furtif coup d’œil vers la table de son éphèbe. Oh, s’il m’invitait ! souhaita-t-elle. Ce diable d'homme devait avoir la faculté de lire dans les pensées car il se leva et vint s'incliner devant elle pour l'inviter à danser. Sidérée, évoluant comme dans un rêve, elle le suivit sur la piste de danse. Jamais slow ne lui parut plus irréel. Entre ses bras, enivrée par l'odeur boisée et terriblement sensuelle de son after-shave, elle flottait de bonheur et  de fierté. Aussi loin qu'elle cherchât à se le rappeler, aucune autre invitation n'avait eu cette intensité. L'avertissement de Fatima lui revint en mémoire : "Un homme dangereux". Il lui fallait brider fermement  son romantisme  et déjouer  la tentation sous peine  de s'exposer à la souffrance. C'est alors que lui vint l'idée téméraire d'inverser les rôles,  si par malheur, ce dragueur décidait de l'épingler à sa collection. Elle sourit intérieurement de sa folle prétention.  Vouloir piéger  un séducteur aguerri, le battre sur son terrain, contrecarrer le déroulement de ses projets,  voilà qui serait amusant et pimenterait l'aventure ! Jusqu'à présent, elle évitait ce type d'homme mais aujourd'hui elle  se sentait farouchement    déterminée ? Quel étrange pouvoir possédait-il ?.  Ne vais-je pas perdre cet insensé pari  ?  Non ! Je ne me laisserai pas asservir par l’attitude séductrice de ce conquérant, si c’est dans ses intentions.Tout du moins, je ne serai pas une proie facile, concéda-t-elle.....

 A suivre
                            
                             

Tag(s) : #romans inédits

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