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Résumé :
     Le séjour estival  de Léa en Ecosse aurait pu être enchanteur si la jeune étudiante française  n'était devenue amnésique suite à l'accident du Shuttle, le train révolutionnaire qui relie la France à l'Angleterre par  un tunnel sous la Manche. Qui est-elle ?
     Elle est conviée à passer sa convalescence à Lockearn-castle, la propriété écossaise  de lord Romuald Scot, un  fervent nationaliste, malmené par le destin et persuadé de porter malheur aux femmes qu'il aime. Deux sont mortes tragiquement.et la dernière en secourant Léa.  Selon la légende ancestrale, inspirée de celle de Tristan et Iseult,  l'anneau des Scot a le pouvoir d'unir  d'un amour indéfectible ceux qu'elle choisit. Pour Léa, les fantômes existent. Dépersonnalisée, elle semble être investie par l'âme de l'écrivain anglaise Mary Dunmore. Echappera-t-elle aux sortilèges de ce pays de brume et de légendes,  à  la rivalité de l'intriguante Amira, qui souhaite reconquérir l'amour de Romuald Scot ?
Le Dr James Burn, féru d'hypnose, réussira-t-il à mettre un terme à la malédiction des Scot en démasquant les fantômes qui se terrent aux tréfonds de l'âme des habitants de Lockearn-castle ?  Les chemins chaotiques de la mémoire de Léa la méneront   dans les contrées inexplorées de l'inconscient déchirant le voile qui recouvrait sa vie.
    Le hasard croise les destins mais est-ce vraiment par hasard ?
* * * *
 

     "Je n'aurais pas dû me trouver là !" Cette certitude tenaillait Mary. Ses mains  étaient moites d'anxiété. Pourquoi s'était-elle laissée convaincre de rentrer en Angleterre par le   Shuttle ? En cette fin de 20e siècle, le train révolutionnaire souhaité par Napoléon 1er  reliait enfin l'Angleterre à la France.
    
    Pour l'heure, 
embarquée avec sa voiture,  elle était prisonnière de la  navette métallique qui se déplaçait  dans le tunnel creusé sous la Manche. Ni l’éclairage  plein jour ni  la climatisation ne donnaient  le change. Compartimentée entre des cloisons hermétiques, mobiles comme les herses d’un château-fort, les véhicules logeaient les uns derrières les autres. A l'embarquement deux accueillantes hôtesses bilingues lui avaient souhaitée la bienvenue et prodiguée les  recommandations d’usage :  maintenir les vitres du véhicule baissées,  couper le moteur,  serrer le frein à main et engager une vitesse, ne pas fumer ni utiliser le flash des appareils photos à cause de la sensibilité du système électronique.  Il était vivement déconseillé aux voyageurs de stationner entre les véhicules et la circulation dans le train devait s'effectuer exclusivement sur les trottoirs latéraux. 
"Tu n'as rien à craindre !   Ce moyen de locomotion ultra moderne est fiable et la traversée Calais-Folkestone ne dure que trente minutes. Tu n'auras pas le temps de t'en apercevoir. Jules Verne t’envierait ce baptême sous-marin à sec. Quelle expérience pour une romancière !" l'avait assuréRomuald, son fiancé. Sans doute mais comme le célèbre visionnaire, elle préférait les voyages virtuels. 
    La musique douce diffusée par les haut-parleurs de la radio de bord  fut momentanément interrompue par la voix rassurante du conducteur qui souhaitait un agréable voyage aux passagers précisant que celui-ci s'effectuerait à la vitesse de 130 kilomètres heure. Puis, le Shuttle  démarra en douceur.  Les dès  sont jetés ! pensa Mary fataliste.  Le visage souriant et tendre de Romuald illumina l'écran de ses pensées et elle
sentit ses muscles se relâcher et sa tension nerveuse diminuer. Sa vie avait changé depuis qu'elle l'avait rencontré à l’une des soirées de Lorène. Un an déjà !
     A trente-sept ans, elle se croyait résignée au célibat. Opinion que ne partageait pas son amie  Lorène qui s'obstinait à vouloir la "caser" à chacune des soirées qu'elle organisait dans sa demeure victorienne de Paddington, en banlieue Ouest de Londres. Aux festivités mondaines  elle préférait l’ambiance silencieuse et feutrée de son  bureau et le scintillement de son écran d'ordinateur. La majeure partie de son temps se consacrait à l'écriture  surtout depuis que son dernier roman avait été primé. Elle  quitterait bientôt  son cottage londonien  pour la grandiose demeure de Lockearn castel, propriété de son futur époux.
    Elle se souvenait du  soir de leur rencontre dans le vaste salon  de Lorène. Debout près du buffet,  un verre de punch à la main pour se donner une contenance, elle s'adonnait à son exercice préféré, détailler les couples et deviner l'état de leur relation, lorsque son intérêt avait été capté par l'arrivée d'un retardataire. Il ne lui avait pas semblé en quête de distractions à en juger par sa physionomie sévère et le regard blasé qu'il portait sur l'assistance. Ses cheveux bruns retenus en catogan par un  nœud noir ajoutaient de la rébellion à sa prestance. Il portait le gilet de satin  et le pantalon écossais  avec une certaine distinction. Perdue dans son observation, elle avait croisé son regard puis  détourné vivement les yeux. Mais il n'avait pas fallu longtemps pour que son attention se reporte sur l’insolite inconnu. Serait-ce là "l'élu" que Lorène  lui réservait ? Non pas,  car elle le découvrit dans les bras de son amie dont le débordement affectif et complice, l'intrigua. Lorène  aurait-elle décidé de mettre fin à son état de femme divorcée ?  La voyant murmurer à l'oreille de son compagnon et l'entraîner vers le buffet d'où  elle les observait, elle se retourna vivement et  se resservit du punch. Un  rapide regard au miroir du bar lui  renvoya le reflet d'une  femme brune coiffée à la garçonne aux yeux émeraude trop brillant et aux joues empourprées.
    - Ah, Mary ! Je tiens à te présenter quelqu'un de très  cher.
  
Elle leur fit face s'essayant à la décontraction.

- Cette fois, ce n’est pas celui que tu crois, la rassura Lorène. C’est Romuald, le highlander de mon cœur. Tu sais, mon petit frère, celui qui ne quitte jamais sa tanière !

Le soulagement la décrispa.

- Ah ! Vous êtes… son...  bafouilla-t-elle  surprise soutenant difficilement le regard bleu acier qui la fixait intrigué.

- Que signifie : "ce n'est pas celui que tu crois !" demanda-t-il lui serrant la main.

Question embarrassante. Elle rougit aux explications de Lorène  se prévalant de son rôle d'entremetteuse.

- Tiens donc, ma sœur, une marieuse ! Et, si ce n'est pas indiscret, où donc se cache l'élu de la soirée ? Son regard amusé adoucit ses traits.

- Il n'est pas encore arrivé. C'est Habib, notre cousin. Un cœur à prendre comme le tien, plaisanta Lorène.

- Ce sacré dragueur. Tu sais bien qu'il déteste les femmes plus intelligentes que lui ! C'est l'une des causes de son divorce, alors tu penses, une femme écrivain !

Devant l'étonnement de Mary, il ajouta sur le ton de la confidence.

- Lorène m'a confié votre passion pour l'écriture.

Mary regretta l'indiscrétion de son amie. Pour une fois qu'elle souhaitait dissimuler ce  détail !

- Oui, une passion incompatible avec une vie familiale quoiqu'en pense Lorène.

Elle retint un soupir. Ce choix de vie lui pesa soudain mais elle savait par expérience que la plupart des hommes n'apprécient guère d’être relégué au profit d'une passion. La cuisine bâclée, les plats surgelés ne les retiennent guère et elle n'avait pas su dénicher le compagnon idéal qui s'accommoderait de tels aléas.

- Je sais ce qu'il en est ! dit-il amer avant de reprendre un ton badin. A l'inverse de ce cher Habib, je n'ai aucun préjugé défavorable envers les femmes écrivains. 

- Tiens, Romuald, je croyais que tu n'avais pas de temps à perdre dans une réception et que ceci n’était qu’une rapide visite ! souligna sa sœur, perplexe.

- En effet ! Mais je ne saurais laisser ton amie aux griffes d'Habib alors, je me dévoue.

- Ah, oui ! s'offusqua Mary. 

- Je n’ai aucun mérite, lui murmura-t-il à l’oreille la prenant par le bras et l'entraînant d’autorité vers les couples de danseurs. Expliquez-moi l'origine de cette passion dévorante pour l'écriture ? 


Aujourd'hui, la vie clémente réalisait ses vœux les plus chers : le succès littéraire, elle rentrait de Paris après sa rencontre avec un éditeur, et le bonheur d'une vie familiale. Le sourire désarmant de Romuald s'effaça et ramena Mary à bord du Shuttle qui glissait en silence dans les entraillles sous-marines. Dans moins d'une demi-heure, il réapparaîtrait à la lumière du jour, se rassura-t-elle. Soudain, un long crissement de frein ébranla la carcasse de la navette  et l'habitacle de son véhicule, la projetant sur le volant. Avant que les lumières s'éteignent, elle vit un jeune garçon traverser devant ses roues et une jeune fille affolée qui tentait de l'attraper. Une sensation d'oppression et une vague nausée la saisirent, suivi d'un élancement dans le bras gauche. Son front se couvrit de sueur. Ce n'était pas son premier malaise. Elle porta la main à sa poitrine pour comprimer les palpitations accélérées de son cœur, cet organe point faible de la famille Dunmore, très tôt décimée. Que se passait-il ? Pourquoi étaient-ils bloqués à mi-trajet, dans le noir ? Les cristaux liquides fluorescents du panneau d'informations affichaient un dérisoire "bon voyage et à bientôt".

- Pas d'affolement ! injonctaient les hôtesses. Si les panneaux latéraux s'ouvrent, sortez dans le calme et suivez les flèches indicatrices du tunnel de servic.

La climatisation s'était arrêtée et dans l'air étouffant se décelait une odeur âcre de fumée. Mourir carbonisée sous tant d’eau, quelle dérision ! Romuald avait une confiance inébranlable dans la technique et dans les ingénieurs qui avaient prévu toutes les éventualités. C’était le moment où jamais de vérifier qu’il avait raison !...

 

Tag(s) : #romans inédits

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